Orage en V sur le Gard
Le début de journée du 14 septembre 2021 allait offrir, à quelques chasseurs d'orages du Sud-Est de la France et moi-même, un spectacle qui allait rester graver dans nos mémoires durant de longues années.
Incertitudes
La veille, les discussions étaient animées concernant les prévisions orageuses pour le début de journée du 14 septembre 2021du côté du Languedoc. En effet, les modélisations laissaient entrevoir la possibilité de formation d'un virulent orage stationnaire entre l'Est de l'Hérault et du Gard entre l'aube et la mi-journée, pouvant s'accompagner d'une forte activité électrique, de précipitations diluviennes et tout autre phénomène virulent associé à ce type d'orage.
Seulement voilà, les prévisions n'étaient pas véritablement en accord concernant ce risque orageux jusqu'à quelques heures de l’événement, les principaux modèles alternant entre orages violents et simples averses convectives. Néanmoins, à la vue du potentiel mis en jeu, je préparais tout de même le matériel photo la veille au soir et prévoyait un réveil avant l'aube afin de pouvoir partir des Alpes-Maritimes rapidement en fonction des dernières modélisations.
Le vif du sujet
Mardi 14 septembre 2021, 05h00 : le réveil sonne alors que des averses sont déjà présentes sur le piémont cévenol, ne présentant pour le moment pas de sévérité particulière. Un petit tour des modèles me permet de me rendre compte que le risque orageux est bien confirmé et que celui-ci est envisagé comme potentiellement violent dans les prochaines heures entre Montpellier et Nîmes, il est donc temps de prendre la route alors que Météo-France place à 06h00 le Gard et l'Hérault en vigilance orange pour ce risque d'orages violents.
Environ 02h30 de route m'attendent afin de me rendre sur le secteur de chasse. J'ai choisi la région de Vauvert à la frontière entre Gard et Hérault, un secteur dominant toute la zone et permettant d'avoir une vue dégagée de Montpellier jusqu'à Nîmes. Sur la route, je suis du coin de l’œil la dégradation qui commence à véritablement se mettre en place aux alentours de 07h. Les premières cellules orageuses virulentes se forment dans la région de Quissac (30) alors que je dépasse Aix-en-Provence. Plus qu'une bonne heure de route alors que l'adrénaline permet d'oublier la fatigue du réveil.
Les violents orages sont pour le moment cantonnés aux reliefs mais le tout tend à se déplacer vers le Sud-Est alors que j'approche du secteur choisi. Entre Arles et Vauvert, le ciel se montre de plus en plus menaçant et bas alors que de nombreux flashs sont déjà visibles sur l'horizon. L'orage est à présent bien formé et en pleine expansion, s'étendant de plus en plus vers les plaines de l'Est de l'Hérault et du Gard.
J'arrive sur le secteur de Vauvert (30) peu avant 09h00, accueilli par un ciel noir d'encre et un tonnerre continu. Le jour ne semble pas s'être véritablement levé sur le secteur et de lourds impacts tombent déjà sur tout l'horizon Ouest/Nord-Ouest.
Je ne réalise pas encore bien ce à quoi j'ai à faire dans les premières minutes après mon arrivée, le temps d'installer le matériel. Une fois posé, le spectacle est impressionnant. Le ciel est bas, noir, parsemé de flashs en continu le tout sous des coups de tonnerre caverneux, typiques des violents orages stationnaires si propres à cette région.
De lourds impacts tombent dans la plaine devant moi.
La zone de foudroiement est vaste, très vaste même puisqu'il est impossible de choisir un secteur où cadrer précisément. De nombreux impacts tombent hors cadre mais l'activité électrique est tellement intense et étendue qu'il ne faut pas attendre longtemps avant que certains ne s'impriment sur le capteur.
La foudre à l'air d'être lointaine sur les clichés, pourtant celle-ci tombe à une distance comprise entre 7 et 11km, parfois plus proche. Néanmoins, les bases particulièrement basses cachent la majorité des canaux.
Ces bases très basses sont d'ailleurs en mouvement constant et le radar fait apparaître plusieurs zones de rotation au cœur de l'orage. Plusieurs tubas se forment alors que l'orage s'approche de plus en plus du point de vue, l'un d'entre eux touchera furtivement le sol non loin de Lunel.
Le tout alors que la foudre continue de tomber continuellement sur tout l'horizon.
La signature radar est d'ailleurs caractéristique à ce moment là avec un crochet sur le flanc Sud-Est de l'orage, matérialisant sa rotation.
L'ambiance est impressionnante sur le point de vue avec des coups de foudre tombant toutes les 2 à 5 secondes depuis maintenant plus d'une heure, jamais je n'avais pu observer une telle activité électrique en France.
A seulement quelques kilomètres de là, d'importantes inondations touchent en effet les secteurs concernés par l'orage, notamment entre l'A9 et Nîmes.
De mon côté je suis encore au sec, étant parfaitement situé dans l'alimentation de l'orage avec un fort vent marin soufflant dans mon dos. La base de l'orage se rapproche peu à peu.
Peu à peu l'ambiance devient vraiment pesante sur le point de vue alors que la foudre se rapproche. Je me réfugie à l'abri dans la voiture, craignant qu'un coup de foudre vienne me chatouiller la moustache.
En effet, la foudre se rapproche, tombant à plusieurs reprises sur le village de Vauvert à environ 1km de mon point de vue.
Les coups de foudre sont puissants, résonant avec fracas dans tous les environs. L'ambiance entre chaque est étonnamment calme, plus de vent, quelques grosses gouttes et le bruit de la pluie/grêle se renforçant peu à peu à mon ouest.
La foudre commence à se montrer vraiment insistante toute autour de moi, tombant de plus en plus proche.
Peu à peu la pluie se renforce, s'accompagnant de grêlons de bonne taille alors que la foudre tombe toujours tout autour de moi. Il convient de se déplacer rapidement, les chemins en terre du secteur pouvant vite devenir impraticables.
Après quelques minutes très sportives sur la route entre pluie, grêle, foudre, et vent puissant, je me replace de nouveau du côté de Saint-Gilles afin d'observer les nombreux coups de foudre frappant plus au Nord.
Néanmoins, le point de vue n'étant pas vraiment dégagé et l'orage ayant de nouveau décidé de faire du surplace, je reprends de nouveau la route pour m'en rapprocher. De nouveau en bordure de l'orage, le spectacle est impressionnant avec une masse noire d'encre parsemée de nombreux coups de foudre.
Les collines au Nord de Saint-Gilles subissent pendant plusieurs minutes un véritable bombardement.
L'orage s'éloigne toutefois progressivement vers le Nord, évoluant à présent dans un secteur difficilement chassable car très vallonné. Il est temps de repartir à sa poursuite alors que le département du Gard est placé en vigilance rouge orage par Météo-France, une première depuis la mise en place du système d'alerte.
Après plusieurs dizaines de minutes de route, je me retrouve au Sud de Nîmes pour observer l'orage en évacuation. Celui-ci perd peu à peu en intensité, m'agrémentant tout de même de plusieurs coups de foudre bien sentis.
Par la suite, l'orage perdra finalement rapidement en intensité en continuant sa route vers le Nord, mettant fin à une traque relativement courte mais très intense.
Cette chasse aura en effet duré un peu plus de 4 heures mais m'en aura mis véritablement plein les yeux. Si le rendu photographique ne fut pas forcément le plus esthétique qu'il m'ait été donné de capturer, pouvoir vivre un événement aussi intense reste rare.
Cet orage en V fut l'un des plus violents de la décennie sur le secteur. Ce sont en effet plus de 22 000 éclairs qui ont été détectés en un peu plus de 5 heures, dont la moitié entre 9 et 11h. Cet orage a également engendré des grêlons de plus de 4/5cm de diamètre et surtout des cumuls extrêmes, atteignant 250 à 300mm en moins de 6h entre Montpellier et Nîmes. Malheureusement, celui-ci s'est également accompagné de lourds dégâts, ce qui rappelle combien ce type d'orage peut-être dangereux et combien il est important, en chasse, de ne pas s'aventurer dessous.