28 août 2022

Après une dégradation exceptionnellement active et photogénique à la mi-aout, le temps était de nouveau redevenu un peu plus calme sur le Sud-Est de la France en cette seconde quinzaine, même si quelques petits orages avaient pu être chassés sur les reliefs du Sud des Alpes. 


La fin août s’annonçait de nouveau plus instable avec plusieurs situations favorables au déclenchement d'orages isolés nocturnes sur les côtes méditerranéennes. Il faut savoir que le mois d'août est particulièrement propice à ce type de situation près de la Côte d'Azur, l'arrivée d'air frais en altitude sur une mer encore surchauffée engendrant quasiment chaque année la formation de petites cellules orageuses nocturnes le long de convergences de brises près des côtes. 


Le potentiel était présent dans la nuit du 27 au 28 août sur le littoral des Alpes-Maritimes avec une forte instabilité de la masse d'air et justement la formation de petites convergences entre vent marin et vent de terre le long des côtes. 

Prémices 


En fin de soirée, je prenais la direction du Cap d'Antibes alors que le ciel était encore bien dégagé tout autour de moi. Il fait chaud pour l'heure avec encore 26°C à 23h, le vent est faible et les étoiles brillent au-dessus de ma tête alors que l'attente commence. 


Les minutes passent et le ciel reste désespérément peu instable, seuls quelques cumuls semblent visibles au large, difficilement car la lune est absente pour cette nuit. Comme souvent dans ce genre de situation assez incertaine, il est nécessaire de faire des poses à hauts-isos pour pouvoir se rendre compte de l'évolution de la situation.

Vers 23h20, les petits cumulus que je distinguais à peine vers le large semblent s'agglutiner avec quelques belles poussées convectives. 

La situation semble bel et bien se mettre en place. De petits échos apparaissent au radar après 23h30, devenant rapidement intéressants. Néanmoins, si de fortes averses se forment effectivement plus au large, l'activité électrique reste absente durant plusieurs dizaines de minutes. Des orages vont bien se former, ça c'est certain, mais il va falloir être patient. 

1h plus tard les averses convectives sont toujours présentes plus au large alors que quelques cumulus parviennent à se former jusqu'au proche littoral. Certaines averses ne semblent pas loin de devenir orageuses avec de fortes intensités au large immédiat de Menton. Un collègue chasseur d'orage me rejoint sur le point de vue. 

Néanmoins, c'est devant nous que la convection semble véritablement s'enclencher plus franchement à présent. Les petits cumuls peu développés laissent en effet place à un amas convectif de plus en plus franc devant le cap d'Antibes alors que les premiers flashs se font voir plus à l'Est. Il est alors 00h45. 

Le vif du sujet 


Cette averse semble plus que prometteuse. Celle-ci se renforce rapidement au radar et les intensités deviennent vraiment marquées dessous. Un orage va se former dans peu de temps, il suffit juste d'attendre le premier flash, qui interviendra quelques minutes plus tard. 

L'activité électrique est d'abord sporadique mais la puissance de la convection laisse peu de doute sur les prochaines minutes, un orage actif est en train de se former devant nous. Peu à peu, les premiers canaux électriques commencent à vouloir sortir de la colonne. 

La cellule orageuse est à moins de 10km du point de vue alors que les étoiles brillent au-dessus de nos têtes. Puis, après quelques puissants flashs, celle-ci lâche son premier impact extranuageux.  

Le grand angle est plus que nécessaire, celui-ci permettant à peine de capter toute la convection qui continue d'exploser devant nous. 


Les premiers coups de foudre commencent à tomber sous la base. L'ambiance est superbe, un véritable orage tropical. 

Peu à peu des « dards », des éclairs pointant vers le ciel étoilé, commencent à sortir du haut de la colonne, signe qu'un impact extranuageux pourrait de nouveau tomber très prochainement. Vu la proximité de la cellule, celui-ci pourrait frapper vraiment proche, sentiment étrange que de craindre la foudre alors que les étoiles scintillent au zénith. 

Quelques minutes plus tard, premier avertissement, un éclair s'envole vers les étoiles. 

Puis rapidement un deuxième, passant carrément au-dessus de nos têtes avant de se perdre dans le ciel étoilé au-dessus d'Antibes.


« Oh t'as vu ça ?! Ça va tomber proche dans pas longtemps ! »

L'excitation est alors à son comble. J'ai toujours adoré ces orages en ciel clair typiques de la Côte d'Azur et une des photos que j'avais en tête depuis de nombreuses années n'est plus qu'à portée de main, ou plutôt de boîtier. Vite, il faut ajuster le cadrage et les réglages sur les deux appareils pour ne rien rater. 


La cellule atteint son maximum d'intensité à présent devant le cap. 

Puis, quelques secondes plus tard, un impact à plusieurs impulsions nous aveugle, rapidement suivi d'un vif coup de tonnerre, la foudre vient de tomber devant nous, plein cadre à proximité du cap. 

Voilà LA photo que j'espérais depuis toutes ces années, un orage en ciel clair avec un extranuageux tombant proche du point de vue. Je suis aux anges.

Par la suite tout s'accélère, plusieurs impacts extranuageux se succèdent à proximité, certains se montrant trop proches et tombant malheureusement hors cadre. 

La cellule orageuse se rapproche de plus en plus et flash frénétiquement, l'ambiance est vraiment extraordinaire. 

Puis, un nouvel impact extranuageux particulièrement esthétique tombe dans la baie des anges, le cadrage était bon cette fois-ci. 

Nous jubilons des clichés que nous venons de capturer, mais le spectacle est loin d'être terminé avec une cellule orageuse continuant de donner des impacts devant nous, restant toutefois sous la base de l'orage. 

Peu à peu l'outflow de la cellule orageuse s'avance vers nous, sous la forme d'une bande convective en train de se déstructurer. La foudre tombe maintenant de façon insistante plus à l'Est, au large de Nice. 

La bande convective sortant de l'orage passe ensuite au-dessus de nos têtes, nous cachant la cellule durant quelques minutes. De beaux flashs restent néanmoins visibles, signes que celle-ci est encore active. 

Quelques minutes plus tard, la bande convective se disloque tout à coup, nous laissant de nouveau apprécier l'orage dans son ensemble, qui semble toutefois se déstructurer progressivement. 

Nous sentons que nous sommes en train de vivre les dernières minutes de cet orage. Les flashs se font peu à peu moins fréquents et au radar la cellule perd progressivement en intensité. Néanmoins, celui-ci décidera de nous dire un dernier au revoir avec une magnifique décharge extranuageuse. 

Si quelques cellules persistent ensuite plus à l'Est, celles-ci restent moins actives que les précédentes et souvent peu esthétiques. Après quelques dizaines de minutes à tenter d'autres clichés, je décide de prendre le chemin du retour, les cartes mémoires étant déjà bien remplies et ayant surtout hâte de traiter les clichés des heures précédentes. 


Le grand final 


Je rentre chez moi aux alentours de 04h00 alors qu'un orage est encore actif au large de Monaco, toutefois trop lointain et caché par d'autres convections plus proches. Vers 05h00 toutefois, la situation semble de nouveau s'activer près du littoral avec la formation d'une multitude d'averses en marge d'un orage se renforçant au large d'Eze. 


Étant fatigué de ma nuit, ou plutôt de mon absence de nuit, j'hésite à aller me coucher mais l'orage sur le littoral Est des Alpes-Maritimes s'active de plus en plus et les averses se renforcent entre Nice et le large de Cannes. Me voilà donc reparti en chasse peu avant le lever du jour, cette fois-ci du côté de Cabris, un superbe point de vue à seulement 10 minutes de chez moi. 


Arrivé sur Cabris l'ambiance est plaisante, il fait encore doux et de nombreuses colonnes convectives sont présentes sur le proche littoral. L'une d'entre elles est bien vigoureuse devant Nice mais ne parvient pas à devenir orageuse. 

Les minutes passent alors qu'une autre averse se renforce nettement au large de Cannes. Je parviens difficilement à voir ce qu'il se passe dans cette direction, quelques nuages étant présents et les lumières de Cannes m'empêchant de distinguer la convection. Je tourne tout de même un de mes appareils dans cette direction, au cas où, quand tout à coup. 

Ça y est, un nouvel orage se forme en face de moi. La colonne convective est très isolée et bien puissante et les flashs commencent à devenir plus réguliers au fil des minutes. Puis, au bout d'un petit quart d'heure, un magnifique impact extranuageux vient frapper la mer au large de Cannes. 

Ce sera la dernière manifestation électrique esthétique de cet orage, qui mourra peu avant l'aube. La nuit se termine ainsi, avec un dernier cliché très esthétique, avant que je ne prenne définitivement la route du retour.