16 et 17 août 2022 

Après un début d'année difficile en terme d'orages sur le Sud-Est de la France, le mois d'août 2022 allait offrir plusieurs dégradations orageuses particulièrement esthétiques sur le Sud-Est de la France. 

Celle du 16 et 17 août fut de loin la plus impressionnante.

Prélude

À la mi-août, une dégradation orageuse concerne une large partie de la France dont le Sud-Ouest du pays où je passe quelques jours de vacances. La tentation était trop forte pour ne pas tenter quelques clichés de ces quelques orages à base élevée circulant sur le Lot-et-Garonne en début de journée du 14 août.

Néanmoins, les orages étaient également récurrents durant cette période près de la Méditerranée, se montrant parfois virulents et esthétiques et me laissant un petit goût amer de par mon incapacité à pouvoir les immortaliser.


La fin des vacances approchait pourtant dans le Sud-Ouest alors qu'une dégradation orageuse virulente était attendue entre la fin de journée du 16 août et la nuit suivante. Un front orageux devait en effet se développer sur l'Ouest de l'Occitanie avant de progressivement se décaler vers les littoraux méditerranéens, se réactivant entre le Languedoc et le Var en raison d'une instabilité particulièrement marquée pour la saison et d'une dynamique atmosphérique favorable à de violents orages.


Cette dégradation coïncidant avec ma date de retour, j'allais pouvoir suivre d'un bout à l'autre l'évolution de ce front orageux et vivre l'une des chasses les plus intenses de ma vie.


Le vif du sujet - d'un bout à l'autre de la dégradation


Après environ 2h de route, j'atteignais la région toulousaine au moment du développement des premiers orages virulents en milieu d'après-midi. Si la tentation était déjà présente d'observer leur développement, il fallait se placer à l'avant du front pour pouvoir anticiper la suite de la dégradation. 

Quelques dizaines de kilomètres plus tard, je me retrouvais devant un violent orage supercellulaire s'étant rapidement renforcé entre le Nord de l'Aude et le Sud-Ouest de l'Hérault.

Comme souvent sur ce secteur, l'activité électrique est principalement noyée mais la puissance de l'orage ne fait pas de doute, de la grosse grêle est présente quelques kilomètres plus au Nord de mon point de vue alors que le tonnerre gronde en continue. 

L'orage se décale petit à petit vers l'Ouest tout en gardant une intensité virulente. Ne voulant pas me placer directement sur sa trajectoire, je me déplace près de Capestang non loin de Béziers pour me retrouver sur sa pointe Sud. La foudre frappe de façon insistante au loin sur les reliefs mais ma vue n'est pas optimale dans cette direction, il faudra attendre quelques coups de foudre se produisant sur le Sud de la cellule orageuse pour obtenir quelques clichés intéressants. 

La supercellule évolue progressivement vers une ligne orageuse, restant virulente mais ralentissant également à l'aplomb du relief. Je reste positionné à la pointe Sud de cette ligne d'orage dans l'espoir que de nouvelles jeunes cellules apportent des coups de foudre plus esthétiques.


Alors que le rideau de pluie circule à seulement quelques centaines de mètres, quelques impacts s'abattent aux alentours du village à mon ouest.

Alors que le soleil décline, la cellule se décale maintenant peu à peu vers le Nord-Ouest et il est temps de repasser de nouveau à l'avant de celle-ci. Sur la route peu avant d'arriver à Béziers, un magnifique sillage turbulent s'illumine au couchant.

Toutefois l'activité principale s'est maintenant décalée vers le centre de l'Hérault, il est temps d'anticiper le reste de la nuit et de traverser l'orage.


Après une petite heure de route à observer des impacts parfois très esthétiques, je me retrouve au Sud de Montpellier pour attendre l'arrivée de l'orage. Celui-ci est toujours très actif mais les quelques reliefs de la région cachent la plupart des impacts de foudre.


Alors que nous discutons de l'évolution de la situation avec deux autres chasseurs présents sur le point de vue, une cellule s'active subitement près de Villeneuve-lès-Maguelones, nous apportant une série d'impacts de foudre en air sec particulièrement esthétiques.

Ceux-ci s'enchaînent à un rythme effréné durant quelques minutes pour le bonheur de nos yeux ébahis.

Peu à peu la ligne orageuse nous atteint alors que l'activité devient plus diffuse, il est de nouveau temps de se déplacer plus à l'Est pour repasser à l'avant du système, d'autant que les indices sont particulièrement favorables en début de nuit sur la Camargue.


Alors que je reprend la route vers la région d'Arles, l'activité se réactive à nouveau sur la mer. La ville du Grau du Roi semblant très bien placée dans la trajectoire de ces nouvelles cellules, je décide de m'y rendre.

Arrivé près des plages, l'activité électrique s'accentue de plus belle, une nouvelle supercellule s'est formée à peine au large de la ville, lâchant de nombreux impacts de foudre en air sec.

Rapidement la cellule s'approche du point de vue alors que l'activité électrique devient frénétique Les impacts de foudre se rapprochent également, frappant la mer à moins d'1km.

Puis la pluie arrive alors que la foudre tombe maintenant trop proche pour rester en dehors de la voiture. Je décide de reprendre la route pour devancer l'orage qui semble trop puissant. Quelques minutes après mon départ de la ville, une rafale de 146km/h sera relevée sur le port du Grau du Roi.

La cellule semble atteindre un maximum d'intensité alors que je m'échappe du secteur. La foudre frappe toutes les 5 à 10 sec tout autour de moi et les rafales se renforcent, il faut vite se replacer à l'avant de l'orage car le spectacle semble incroyable dans mon dos.
Quelques kilomètres plus loin, je sors de nouveau de la pluie et m'arrête donc au bord d'un champ pour tenter de capturer la structure de l'orage qui se montre bien agressive.

La pluie me rattrape de nouveau rapidement ensuite et je dois de nouveau me replacer à l'avant du système. Cette cellule orageuse s'affaisse tandis que de nouvelles se forment plus à l'Est. Entre Saint-Gilles et Arles, l'ambiance est de nouveau très électrique.

C'est toutefois plus au Sud-Est que l'activité semble la plus virulente. D'après le radar, un nouvel orage supercellulaire encore plus vaste que les précédents s'est formé près des Saintes-Maries, remontant peu à peu vers Fos-sur-mer et Istres.


Je reprends donc la route pour me placer sur sa trajectoire, arrivant quelques dizaines de minutes plus tard sur la nationale entre Arles et Fos. Le spectacle est alors extraordinaire avec une structure digne des grandes plaines américaines.

Peu à peu la structure se rapproche alors que l'activité électrique est impressionnante. Les éclairs zèbrent le ciel toutes les secondes, un vent chaud souffle sur le secteur, alimentant l'orage en humidité et en instabilité alors que le tonnerre gronde continuellement.

Alors que l'orage s'apprête à m'atteindre, un net regain d'activité est visible plus au Sud, un nouveau replacement s'impose donc pour continuer à suivre la situation. 

Après seulement un petit kilomètre de route vers le Sud, l'activité électrique devient exceptionnelle avec un déchaînement de foudre comme j'en ai rarement vu. Je n'aurais pas le temps de repasser à l'avant il faut s'arrêter au plus vite pour capturer ce spectacle extraordinaire. 

Un nouveau mésocyclone s'est en effet formé et apporte un déluge de foudre ramifiée extraordinaire sur les usines de Fos.

Il est difficile de décrire à quel point le spectacle est impressionnante. La foudre tombe très régulièrement et se rapproche rapidement du point d'observation. Certains impacts tombent dans le champ à quelques centaines de mètres.

Rarement j'ai pu observer une telle activité électrique. Il est nécessaire de rentrer rapidement dans la voiture alors que l'orage approche, la foudre tombant maintenant tout autour de moi, les appareils feront le reste du travail le temps que l'orage passe.

Après plusieurs minutes stroboscopiques et des impacts tombant parfois à quelques dizaines de mètres, les premiers impacts de grêle tombent sur la carrosserie. Il faut à tout prix se déplacer, l'orage étant susceptible de produire de chutes de grêle dommageables.

​Je reprends donc la route vers l'Est alors que l'orage s'éloigne vers l'étang de Berre en perdant peu à peu en intensité. Un dilemme se présente à partir de cet instant :


  • Essayer de se replacer sur le littoral près de Marseille pour intercepter les nouvelles cellules se formant plus au Sud-Est

  • Rouler jusqu'au Sud du Var où l'orage devrait venir s'échouer et où les indices tornadiques s'annoncent les plus intéressants au lever du jour

Après quelques minutes d'hésitation, le choix est fait de rouler jusqu'au Var (option 2) pour prendre de l'avance sur la dégradation et peut-être espérer quelques dizaines de minutes de repos.


Sur la route la dégradation ne faiblit pas avec de nouveaux orages supercellulaire se formant continuellement le long du littoral des Bouches-du-Rhône. 

J'arrive finalement aux alentours de 5h près de Hyères alors que l'orage gronde déjà au loin vers les Calanques.

Impossible de se reposer dans ces conditions, les couleurs devenant peu à peu plus vives avec le jour se levant progressivement. L'activité électrique est moins visible en raison de la distance de l'orage mais quelques coups de foudre se font voir alors que l'orage aborde Toulon quelques minutes plus tard.

L'aube s'affirme peu à peu et les couleurs deviennent de plus en plus vives. Progressivement le ciel se teinte de palettes très orangées alors que la cellule est toujours aussi active, offrant une ambiance extraordinaire sur le point de vue.

L'orage semble encore se renforcer en approchant de la rade de Hyères, la dégradation s'apprête à atteindre son maximum d'intensité avant de m'atteindre.

L'ambiance est véritablement irréelle.

La foudre commence à tomber tout autour du point de vue, parfois très proche alors que le nuage mur s'avance dans la baie. Un gros tuba se forme mais n'atteindra pas la surface de la mer, la trombe tornadique était toute proche.

Ensuite tout s'accélère, les premières gouttes tombent sur le point de vue et la foudre se montre bien trop insistante pour rester sur la plage. Il est temps de trouver un abris pour laisser passer l'orage.

Toutefois, comme envisagé précédemment, l'orage a atteint un maximum d'intensité sur le secteur et je n'aurai pas le temps de trouver un abris à temps. 

Garé contre un bâtiment, je subirai de plein fouet le passage de la cellule avec des rafales à plus de 110km/h et des grêlons de la taille d'une balle de golf avant que la cellule ne s'éloigne finalement en mer, mettant fin à cette dégradation de folie.